Lieux de Hasard en VI Mouvements

Projet réalisé par Yasmine Ben Abdallah, en collaboration avec l’association Samba Résille et l'Institut des Jeunes Aveugles de Toulouse (31).

De Septembre 2016 à Juillet 2017.



L’uniformisation de l’espace public a transformé nos espaces en lieux  figés, aseptisés, qui ne laissent que peu de place au hasard, à la rencontre et à la convivialité. Dans nos villes aujourd'hui, l’environnement sonore est saturé, et donc vécu comme une nuisance. Pour y remédier, on essaye de l'étouffer, le limiter autant que possible. En architecture, nous avons vu apparaître la mise en place de normes pour limiter le niveau sonore. Et la réponse la plus commune reste l'utilisation de correcteurs, isolants acoustiques qui nous enferment et nous séparent les uns des autres. Nous nous enfermons alors dans nos univers, nions la richesse qu’offre la ville par ses couleurs, ses mouvements, ses sons, et progressivement, le lien social se perd.


La volonté première de ce projet est d'intégrer la dimension sonore aux projets architecturaux et urbains. Il propose ainsi de repenser qualitativement l'environnement et le paysage sonore, redonner place à la musique dans les espaces publics et travailler la musique comme vecteur de vivre ensemble en redonnant place au hasard, pour permettre de se réapproprier nos lieux de vie par leur dimension sonore, et « écouter le monde comme une vaste composition musicale, une composition dont nous serions en partie les auteurs. » (Schafer, 1997).

C’est donc avec la participation des musiciens de l’association de percussions brésiliennes Samba Résille, dans le cadre du festival de ses 25 ans, que l'on a imaginé des lieux de convivialité, d’échange, de partage et d’expérimentation autour de la musique. 


Dans un premier temps, il a fallu réaliser un diagnostic partagé : à la fois par une écoute renouvelée des sons qui nous entourent, mais également par une analyse sensible de l'espace et des éléments qui le composent. Le site du festival, le jardin Raymond VI à Toulouse, a donc été analysé au stéthoscope, révélant ainsi 6 espaces spatio-phoniques distincts, appréhendés par les sens, le son, l’espace, l’acoustique et la perception.


Cette approche pluridisciplinaire a permis de développer deux réflexions :

La première, issue d’ateliers participatifs avec les musiciens, a mené à la co-composition de 6 mouvements musicaux, basés sur chacun des espaces analysés et leurs caractéristiques, puis expérimentés au cours du festival les 24 et 25 juin 2017. Il s'agissait ici de ré-harmoniser notre espace sonore par une création musicale, enrichir la qualité de l'espace vécu avec les sons, afin de permettre une appropriation collective de cette dimension sonore dans nos espaces communs.


La seconde réflexion a abouti à la conception de 6 installations musicales qui pourraient être expérimentées par les usagers du jardin au quotidien. Mettant en lumière les corps sonores et matériaux des 6 espaces relevés, ces installations veulent éveiller les sens chez les usagers et initier une réflexion sur l'intégration de la dimension sonore et musicale dans la conception urbaine et architecturale. Cette réflexion a pour volonté de proposer une intégration pérenne de cette démarche dans l'aménagement de l'espace public.

 

« La musique, ce sont des sons, les sons qui nous entourent, que nous soyons ou non dans une salle de concert. » (Thoreau).